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Les transports en communs (Dominique)

GROS PLAN sur les TRANSPORTS en COMMUN

à AIX-EN-PROVENCE 09 2009

Rappel

"La semaine de la mobilité nous donne l’occasion de faire le point sur ce qu’il en est de l’usage des transports en commun dans la ville sans doute la plus véhiculée de France. Si les effets d’annonce, dans le discours des responsables ne manquent pas, la confrontation au réel, malgré quelques réalisations ici ou là, il faut bien le dire, nous ramène toujours aux mêmes problèmes de circulation, d’où le « ras-le-bol » dont témoigne la pétition lancée par la fédération des CIQ demandant pas moins que des « assises » sur le « thème des déplacements et des pollutions dans le bassin aixois » (1). A partir d’une observation de plusieurs années en tant qu’usager des transports en commun à Aix-en-Provence, on tentera d’identifier ce qui peut bien faire, dans cette ville, tant obstacle au changement.

Pas la pauvreté, la misère

Décembre 2008, un Luynois me disait en parlant de l’arrêt de bus de la Parade (Quartier au sud d’Aix) : « Il va y avoir des morts, c’est sûr ! ». Mon Luynois n’était pas expert en accidentologie ni devin, mais simplement employé de banque.

Mai 2009, arrêt de bus de la Parade, une jeune étudiante de 23 ans est emportée par une moto et décède sur le coup, sur le passage pour piétons presque effacé, avec juste un panneau de signalisation – pour les 2 sens de circulation – en pleine ligne droite sur la départementale 9, où l’on circule pourtant à vive allure. On aurait pu s’attendre à une sorte de mea culpa de la part des autorités compétentes, et voir aussitôt, c’est la moindre des choses, s’ériger un équipement même minimaliste. Au contraire, depuis 5 mois, l’arrêt de bus a été rasé, il n’y a plus rien, ni horaires, ni abris : les usagers attendent sous la pluie, debout. Ah, mais entre temps, il y a eu les élections municipales, et il fallait absolument sauver « l’honneur » de la ville !

Il y a d’autres misères, moins criantes, mais tout aussi réelles, comme celle de Didier qui me dit au moment de signer la pétition lancée par la fédération des CIQ : « je n’ai pas de voiture, je bosse aux Milles à 5h30, et je dois faire du covoiturage … Il nous faudrait un bus à 5h … ». La France qui se lève tôt n’a ni voiture … ni bus. Quand le covoiturage est l’ultime recours, mieux vaut ne pas se fâcher avec les collègues, sinon, c’est le chômage assuré.

Une autre forme de misère, celle des gens, qui n’ont pas 500 euros à mettre mensuellement dans un studio au centre ville, et qui, habitant dans la périphérie, voudrait peut-être quelques fois aller en ville le soir, ne serait-ce que pour voir des concerts l’été … « nous, on habite aux Milles, à 19h30, plus rien, on est cloîtré chez soi ». Reste quand même le vélo, mais tout le monde s’accorde à dire, qu’entre Les Milles et Aix, « c’est le parcours du combattant ! ».

Dans tous les cas et pour tout le monde, prendre les transports en commun à Aix, c’est attendre quotidiennement en moyenne au moins ½ heure son bus ou une correspondance, le nez dans une circulation dense et nerveuse – donc particulièrement polluante. Attendre le bus est une chose, mais respirer en même temps des gaz cancérigènes en grande quantité en est une autre, confinant, celle-ci, à l’insupportable.

Par ailleurs, malgré quelques voies réservées au bus, ces derniers sont quotidiennement pris dans les embouteillages. Or, imposé ou choisi, le déplacement en transport en commun est entre 5 et 10 fois moins polluant qu’une petite voiture avec seulement le conducteur, ne parlons pas des 4*4, 10 à 18 fois moins ! Que les usagers des transports en commun soient à ce point logés à la même enseigne que les automobilistes beaucoup plus polluant est déjà en soi une injustice insupportable. Mais cette injustice se double d’une seconde. Les usagers des bus subissent les embouteillages alors que par leur comportement, ils contribuent fortement à les réduire.

Mais cela n’est pas tout. En plus d’être une double injustice, cet état de fait donne encore un argument imparable aux fanatiques de la voiture : « si c’est pour être pris dans les embouteillages alors pourquoi prendre le bus ? ». Et on tourne en rond …

Contre la misère, le cache-misère

On a refait à grands frais pratiquement la totalité des arrêts de bus. Cela fait très bien dans la ville qui se veut être la plus « sexy » de France. Evidemment, les conducteurs de 4*4, pour la plupart fidèles électeurs de la maire sortante, n’en sont pas à ce détail que les arrêts de bus ont été refaits … à l’identique. C’est-à-dire toujours avec 3 places assises.

A l’heure du changement climatique, de la fin programmée des énergies fossiles et du vieillissement de la population, alors qu’il faudra, vaille que vaille, que l’on soit toujours plus nombreux à utiliser les transports en commun, on a le toupet de refaire des abris bus « 3 places » à l’identique ! Alors vous aurez le choix, mesdames et messieurs les futurs octogénaires, entre les simples bornes d’arrêt sans place assise ni abris, et les arrêts de « luxe » à 3 places. Ou alors, il faudra encore les « rénover » avant l’heure.

Sortir de la misère

A l’instar de ce qui se fait avec succès (2) déjà dans certaines villes – Colomiers et Compiègne depuis les années 70, plus récemment Vitré, Mayenne, etc. – et comme le préconisait pour Aix-en-Provence la liste PS/Modem/verts, une mesure qui paraît être une voie de solution serait de rendre les transports en commun gratuits. Le raisonnement est le suivant : sur un ticket à 70 cts, déjà fortement subventionné, si vous enlevez les frais d’impression, de distribution et de contrôle, il ne reste plus grand-chose. Alors pourquoi ne pas aller jusqu’au bout de la logique de subvention ? Pourquoi refuser quelques centimes supplémentaires, bref pourquoi ne pas rendre les bus gratuits ? D’autant plus que cette petite augmentation de subvention serait facilement compensable avec une petite taxe … sur la circulation des voitures en centre ville, comme on le fait déjà à Londres. Il suffirait de quelques caméras placées sur les axes irrigant la ville pour contrôler les plaques d’immatriculation. Par le biais de cette taxe, on aurait même un surplus à utiliser à bon escient, par exemple pour améliorer l’offre de transport en commun : ajouter des bus plus tôt le matin et plus tard le soir, etc. Parallèlement à l’incitation à utiliser les transports collectifs, on pourrait continuer à décourager l’utilisation de la voiture, mais cette fois, avec plus de légitimité, vu que la principale alternative serait à la hauteur.

Admettons que, dans le meilleur des cas, le nombre d’automobilistes diminue drastiquement : on n’aurait alors même pas besoin d’augmenter la taxe, et faire supporter à ces derniers le coût d’un réseau de transport en commun hypertrophié. La simple diminution de ce que l’on appelle les coûts externes, c’est-à-dire tous les coûts causés par les nuisances de la circulation, qui ne sont pas supportés par l’automobiliste mais par la collectivité (équipements de protection contre le bruit, pathologies dues à la pollution automobile, etc.), eh bien la diminution de ces coûts externes, qui, selon certains experts, serait supérieure au « coût » de la gratuité, permettrait de compenser largement le coût d’un dispositif de transport en commun, même élargi au plus grand nombre (3).

Exactement comme il en est du vélo, le principal frein à l’utilisation des transports en commun est l’omniprésence de la voiture. Ce n’est pas l’effort que demande le vélo qui est gênant, mais l’obligation de subir pendant cet effort un débit continu de véhicules polluant et potentiellement dangereux. De même, ce n’est pas le temps d’attente du bus qui est gênant mais l’obligation de supporter pendant cette attente les nuisances automobiles.

Par conséquent, rien ne changera en profondeur sans une inversion radicale de la proportion voiture particulières/transports collectifs et alternatifs (vélo, 2 roues électriques, etc.). Et ce n’est pas, comme les chantres du nouveau capitalisme « vert » nous le répètent à l’envie, avec la « voiture électrique » que nous nous tirerons d’affaire : au mieux, nous aurions troqué des embouteillages polluants et bruyants avec des embouteillages silencieux et « propres » - si tant est que le nucléaire est « propre » ! (4) - et la question des embouteillages resterait entière. Non, ce n’est pas le « nouveau » capitalisme qui règlera les problèmes de « l’ancien », mais un changement radical dans les pratiques, et cela, seules des mesures collectives courageuses le rendraient possible.

(1) Communiqué de la fédération des CIQ paru dans La Provence du 15 septembre 2009.

(2) On a pu constater à chaque fois, une augmentation immédiate et notoire de l’usage des transports collectifs.

(3) Résumons pour plus de clarté : selon certains experts, les économies engendrées par la diminution des coûts causés par la circulation urbaine, coûts à la charge de la collectivité, seraient supérieures à ce que perdrait cette collectivité du fait de la gratuité de son réseau de transport en commun.

(4) Le nucléaire produit des déchets particulièrement « durables » (des milliers d’années) et fait peser des risques majeurs (accidents nucléaires) sur les populations. Par ailleurs, combien de centrales supplémentaires exigerait la généralisation de la voiture électrique ?"

Dominique Juraszko

Et Aujourd’hui qu’en est il des aménagement :

voies bus et cycles

piétons

parking

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