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Faut-il être riche pour être « écolo » ?

Une idée reçue décidément bien ancrée dans notre société, jusque dans les milieux les plus militants, consiste à croire que la réduction de son empreinte écologique (1) se résume à une question de pouvoir d’achat. Il faudrait être riche pour réduire le poids de son mode de vie (2). Pire, il faudrait être riche pour préserver sa santé.

La position que je souhaite défendre est que la réduction de son empreinte écologique relève bien plus d’un choix personnel que d’une contrainte financière. Sans nier que dans certains cas de précarité extrême, la contrainte financière peut jouer, j’affirme que ces cas sont néanmoins très restreints et que pour la grande majorité des habitants des pays développés, il s’agit bel et bien d’un choix.

Faut-il être riche pour manger « bio » ?

Des personnes soucieuses de promouvoir l’alimentation biologique se sont évertuées à montrer que l’on pouvait manger « bio » sans que cela coûte plus cher, à condition de modifier profondément ses habitudes alimentaires (3). Mon but n’est pas de les contredire, mais juste de préciser que même si, avec toutes ces modifications, on payait plus cher, cela ne constituerait pas un problème de pouvoir d’achat. Avant de m’expliquer sur ce paradoxe, notons qu’il s’agit encore d’un exemple d’enfermement dans une problématique dont certains occidentaux ont le secret : que fait-on des vêtements biologiques, des lessives écologiques, de l’énergie verte, etc. pour lesquels le surcoût est inévitable ? Est-ce une manière indirecte d’affirmer que parmi toutes les alternatives écologiques seule l’alimentation « bio » serait susceptible de se démocratiser car « ne coûtant pas plus cher » ? Pour sortir de ce cloisonnement de problématique, je propose de considérer l’alimentation « bio » comme une alternative parmi d’autres, et de considérer que parmi ces dernières alternatives, certaines peuvent compenser le surcoût des aliments biologiques. Ainsi sera résolu le problème de démocratisation de l’alimentation « bio », et par la même occasion la démocratisation de toutes les autres alternatives écologiques impliquant un surcoût.

Une méthode simple pour une approche globale : un classement en 2 catégories

En passant en revue quelques alternatives permettant de réduire son empreinte écologique, on constate qu’il n’y a pas que des alternatives impliquant un surcoût. En effet, les alternatives écologiques, contrairement à ce que l’on se représente spontanément, ne sont pas entièrement réductibles à des exigences de production et de contrôle supplémentaires justifiant un surcoût. Elles s’apparentent aussi à un mode de vie exigeant moins d’énergie, moins de matière première, moins de choses inutiles et surtout moins de gaspillage. Tout cela permet évidemment de faire des économies substantielles.

Classons ces alternatives en 2 catégories : celles susceptibles d’impliquer des surcoûts, comme par exemple se nourrir exclusivement avec des produits biologiques, s’habiller avec des fibres biologiques, utiliser une lessive biodégradable, utiliser de la peinture bio (4), poser des fenêtres double vitrage en bois plutôt qu’en PVC (5), choisir un fournisseur d’électricité « verte », etc. … et les alternatives impliquant au contraire des économies, comme par exemple ne pas passer systématiquement ses vacances à l’autre bout du monde, ne pas se croire obligé de suivre les modes vestimentaires qui rendent obsolète un vêtement après 6 mois, s’habiller chaudement en hivers plutôt que surchauffer son appartement, utiliser des toilettes sèches, faire un potager, se déplacer plus en vélo ou en transport en commun (6), remplacer sa voiture ou sa deuxième voiture par un scooter économique (7), réduire sa consommation de produits technologiques, etc.

Après cette tentative de classification, on remarque que les surcoûts et les économies peuvent très bien s’équilibrer. Il ne s’agit pas tant de faire une étude rigoureuse qui serait d’ailleurs improbable tellement il y a de cas différents, mais plutôt d’inviter le lecteur à appliquer cette grille d’analyse à ses propres dépenses, et à observer comment les surcoûts peuvent être compensés par les économies. Quelques exemples quand même : admettons que manger bio implique un surcoût de 25 %. Pour une famille de 4 personnes cela pourrait faire quelque chose comme 1500 euros de dépenses annuelles supplémentaires. Si cette famille remplaçait dans le même temps sa deuxième voiture par un scooter économique et optait pour un déplacement « intermodal » (8), elle ferait une économie annuelle du même ordre que ces 1500 euros. Autre exemple : passer par un fournisseur d’électricité « verte » comme ENERCOOP impliquerait pour cette même famille un surcoût annuel qui pourrait être de 200 à 300 euros, alors que choisir d’aller moins loin en vacances permettrait facilement de compenser ce surcoût, etc.

Par conséquent, une attitude radicalement plus responsable en termes d’empreinte écologique peut tout à fait ne pas exiger une extension de son pouvoir d’achat. Et ce, pour la grande majorité des citoyens. Il faut vraiment être dans une situation d’extrême pauvreté pour que ce raisonnement « à 2 catégories » ne puisse être appliqué. En effet, si l’on ne part jamais en vacances, si l’on dépense tellement peu pour son alimentation qu’aucun des aménagements proposé en note (3) ne saurait compenser le surcoût des aliments biologiques, si l’on n’a ni voiture, ni portable, ni autres produits technologiques, etc. on ne peut équilibrer son budget en faisant en sorte que les 2 catégories se compensent mutuellement. Cependant il reste que ces personnes sont très minoritaires dans les pays riches et que notre raisonnement peut s’appliquer à la grande majorité restante. Est-ce à dire qu’une écologique politique serait contrainte de laisser pour compte cette minorité ? Certainement pas. Par exemple, certaines communes pratiquant une politique écologique d’avant-garde construisent des HLM à énergie « 0 » afin que les foyers à très bas revenus puisse avoir le choix d’allouer cette part de revenu à une meilleure alimentation plutôt qu’encourager le nucléaire (chauffage électrique) ou les importations de fuel et gaz naturel … mais ceci dépasse le cadre de notre propos.

Conclusion

Faut-il être riche pour manger « bio » ? Non, car même si le fait de passer au « bio », malgré la modification de ses habitudes alimentaires (voir 3), occasionnait des dépenses supplémentaires, l’adoption d’autres alternatives occasionnant elles des économies, permettraient au final d’équilibrer son budget. Pour la grande majorité de citoyens, l’adoption d’une attitude radicalement plus responsable en matière d’alimentation, mais aussi en matière de déplacement, de construction, d’énergie, etc., n’exigerait donc pas une augmentation du pouvoir d’achat. N’étant pas liée au pouvoir d’achat, cette attitude radicalement plus responsable relève donc d’un choix individuel, celui de l’adopter ou pas. Voilà donc restaurée notre responsabilité citoyenne que l’idée reçue d’une « écologie qui serait l’apanage des riches » était sur le point d’effacer.

(1) Pour faire simple : le poids de son mode de vie (matières, énergies, déchets) sur les écosystèmes.

(2) Un exemple de blog tout imprégné de cette idée reçue : « Le comportement écologique, un privilège de riches ? » (Accessible avec un moteur de recherche).

(3) Augmenter sa consommation de légumineuses, réduire viandes et produits transformés, consommer plus de crudités (économie d’énergie et avantages nutritionnels), réduire sa consommation de pain mais augmenter les céréales, fréquenter les marchés bio ou les AMAP (association pour le maintient de l’agriculture paysanne) plutôt que les supermarchés, etc.

(4) Les peinture bio « intérieures » sont pratiquement au même prix, seules les peintures extérieures sont plus chères (attention : ne pas confondre peintures « bio » vendues en magasins écologiques spécialisés et « label européen » vendues en supermarchés. Ces dernières ont toujours une base synthétique et sont encore nocives)

(5) Le PVC, déjà interdit dans certains pays, est polluant et cancérigène.

(6) Les prix des TEC sont dans plusieurs départements en forte baisse (Alpes Maritimes, Var, Gard, Ariège, etc.)

(7) Allez, une ligne de pub pour contrer les milliers d’heures de publicité télévisuelle pour voitures et 4x4 : Honda construit un scooter 125 « entrée de gamme » très robuste, consommation 1.6 à 1.8 litres aux 100 km, très silencieux (un véhicule n’exigeant que le permis B, avec 2 places homologuées, et consommant moins qu’une mobylette !).

(8) Mixte entre véhicule individuel (voiture, scooter, vélo, e-solex, etc.) et transports collectifs. Ex : se rendre à la gare routière avec son e-solex puis continuer en car : plus écologique et économique que le « tout voiture », plus pratique que le « tout transports en commun ».

Dominique Juraszko (domij13@laposte.net)

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